Actualité » Histoire d’une vie par Socrate

Bonjour à toutes et à tous,

Permettez-moi avant tout de me présenter : je m’appelle Socrate, je suis un griffon Korthals et j’ai 7 ans. J’ai une bouille à faire pâmer les damoiselles et un cœur gros comme celui d’un éléphant…..Inspiré par l’illustre philosophe qui m’a donné son nom, je voudrais vous raconter mon histoire. Accordez-moi un peu de votre temps, vous ne serez pas déçus.

Ma vie de jeune chien, je n’en ai pas souvenir.

Pour moi, tout a commencé par une nuit sans lune, lorsque mon maitre m’a emmené promener. Vous imaginez sans peine ma joie : je partais vers de belles aventures avec celui qui avait tout mon amour, et en plus, nous prenions la voiture, ce qui voulait dire longue ballade, peut-être dans des lieux inconnus avec plein de nouvelles odeurs à découvrir !

Nous avons roulé un peu, puis nous nous sommes arrêtés et nous sommes descendus. J’entendais des chiens aboyer pas loin, ce qui m’a captivé : de nouveaux copains ! Tout à mes découvertes, j’ai  été très surpris d’entendre la voiture redémarrer, et j’ai réalisé que mon maître était sur le point de repartir sans moi. Le pauvre, trop fatigué, n’avait pas remarqué que j’étais encore sur la route, il avait oublié de m’ouvrir la portière !

J’ai pris mon élan pour bondir vers lui, lui montrer que je n’étais pas encore monté mais je n’ai pas pu, je me suis juste fait très mal au cou : j’étais attaché à une porte ! J’ai vu la voiture de mon maître s’éloigner, j’ai tiré, tiré sur cette maudite corde, il fallait que je me libère, il fallait que je courre pour le rejoindre ! J’avais beau l’appeler, il ne m’entendait pas... J’ai tiré encore et encore et j’ai gagné : la corde a cassé. Je me suis précipité sur la route, vite, vite… je ne voyais plus la voiture, il fallait me dépêcher, vite, vite… il me fallait le rattraper, vite, vite…

Un choc… j’ai hurlé de douleur. Ma patte arrière me faisait terriblement souffrir. Je voulais me relever mais je ne pouvais pas, j’étais sonné. Je me suis trainé sur le bord et j’ai essayé, essayé de me mettre sur mes pattes, mais ce n’était pas possible. Mon maître était parti et je ne pouvais pas le rejoindre, j’avais trop mal.

Je suis resté là des heures et des heures, couché, sans pouvoir bouger, souffrant le martyre dans mon corps et encore plus dans mon cœur. La vie – MA vie - n’avait plus aucun sens et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait…

Le jour s’est levé, j’ai entendu une voiture. J’ai repris espoir : mon maitre, ça ne pouvait être que mon maître qui venait me chercher ; il allait me soigner et me ramener chez nous. J’ai entendu une voix, ce n’était pas celle que j’espérais mais elle était douce, calme, rassurante et j’avais tellement mal ! La voix m’a dit : « ne t’inquiète pas petit père, tu n’es plus seul, nous allons nous occuper de toi, nous allons te soigner, tu n’auras plus mal, ça va aller, ne t’inquiète pas ». Alors, je lui ai fait confiance, je l’ai laissé me prendre et  m’emmener chez des hommes habillés en vert. Ils m’ont fait une piqûre et je me suis endormi…

Quelques heures plus tard, j’ai repris connaissance. J’avais encore très mal et je ne pouvais pas bouger la patte. La voix est revenue vers moi et m’a expliqué que je ne pourrais pas facilement marcher pendant quelque temps car ma patte était cassée en de nombreux endroits et les hommes en vert - les docteurs m’a-t-elle expliqué - avaient été obligés de me mettre un plâtre. Et puis, elle m’a emmené dans un endroit où il y a plein de chiens et de chats. Elle m’a expliqué que j’étais à la SPA. Je ne comprenais pas tout, j’étais grognon, j’avais mal mais j’avais à manger tous les jours, je dormais au chaud et la voix était gentille, elle me rassurait. Les autres humains qui étaient là me parlaient gentiment aussi et j’ai compris, en les écoutant, que la voix avait un nom : Annick. J’ai appris à reconnaitre aussi ceux qui s’occupaient de nous tous les jours: Franck, Laurent, Axel, Elaine, Céline, Emilie ; et à m’habituer aux humains qui venaient promener ceux qui pouvaient marcher et qui me faisaient parfois une caresse même si j’avais peur d’eux.

J’ai commencé à comprendre que la SPA, c’était l’endroit où Annick  et toute l’équipe s’occupaient de tous ceux dont plus personne ne voulait. J’ai commencé à comprendre que mon maître à qui j’avais donné mon amour et ma confiance, que mon maître ne viendrait jamais me chercher car il m’avait lâchement abandonné. Qu’il ne s’inquiétait pas plus de mon sort que de celui d’un vieux sac usé. Et  j’avais toujours mal, et même de plus en plus mal, ça me mettait de mauvaise humeur. Je voulais juste que tout s’arrête. Je ne comprenais toujours pas pourquoi je ne pouvais pas marcher, pourquoi je n’avais plus envie de manger, pourquoi je me sentais très mal, et surtout pourquoi mon maître m’avait abandonné ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Et je suis reparti chez les docteurs pour une nouvelle opération. Mais cette fois, quand je me suis réveillé, je n’avais plus mal. Je me sentais mieux, beaucoup mieux, et j’ai voulu me lever et là, patatras... je suis tombé, je n’arrivais pas à garder mon équilibre, je n’avais plus la même stabilité qu’avant. Mais nom d’une pipe, qu’est-ce qui m’arrivait encore ? Je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose : qu’est-ce qu’ils avaient fait de ma patte cassée ? J’avais beau me retourner, je ne la voyais plus, je ne la sentais plus !

Au début, j’ai eu du mal à m’habituer, ce n’est pas évident de se retrouver handicapé (je crois que c’est comme ça qu’il faut dire). Je suis rentré à la SPA, ma nouvelle maison, j’ai retrouvé mes copains, Annick et les autres humains gentils. J’ai appris à manger sur trois pattes, à marcher sur trois pattes, à courir sur trois pattes, et… à faire pipi sur trois pattes, et, comme vous le savez, nous les chiens, on lève une patte dans ce cas-là, alors vous imaginez ce qui m’arrivait ! Bref, j’ai réappris à vivre, et à vivre sans douleur.

Vous me verriez maintenant ! Je me débrouille très bien, j’ai retrouvé une nouvelle jeunesse et ma joie de vivre. Dans cette reconquête de la vie, j’ai eu la chance de rencontrer Sammy,  un jeune chiot croisé griffon comme moi mais en modèle réduit (on dirait mon fils, c’est rigolo…) qui a tout à apprendre. Je l’ai pris sous mon aile et je l’aide à avancer dans cette vie. Il me suit partout et m’imite en tout, même dans  mes « petites » bêtises. Mais vous savez, malgré ces brefs moments de joie, ce qu’il ne manque le plus c’est une famille bien à moi, qui m’aime comme je suis et que je puisse aimer comme j’ai aimé mon premier maître. Car, comme tous les autres pensionnés de la SPA, j’ai gardé confiance en vous les humains, je sais que même si certains nous trahissent, d’autres sont honnêtes et comme nous : quand ils donnent leur amour, ils ne le reprennent pas. Certes, je suis un peu moins beau qu’avant, un peu différent, mais pourquoi n’aurais-je pas droit à une seconde chance ? Pourquoi me serait-il impossible de croiser une famille qui saura voir au-delà des simples apparences physiques ? Pourquoi faudrait-il que je perde tout espoir ?

Nous sommes nombreux à la SPA, beaucoup trop nombreux. Il y a des bébés, des jeunes, des moins jeunes, des vieux ; des très beaux, des un peu moins beaux ; des petits, des moyens, des grands et mêmes des très grands. Nous sommes tellement nombreux qu’il n’y a plus de place pour accueillir les nouveaux ‘laissés pour compte’. Alors, une nouvelle rumeur circule parmi nous : certains humains, dehors, commencent à dire qu’il faut libérer des boxes à la SPA et que, donc, il faut éliminer les plus vieux, les plus moches, les handicapés (comme moi). Nous ne sommes pas trop inquiets car nous savons qu’Annick et tous les autres qui s’occupent de nous ne les laisseront pas faire et qu’ils continueront à nous protéger.

Alors j’en appelle à votre cœur et à votre raison : pourquoi penser à nous tuer ? Ne croyez-vous pas que nous avons déjà assez souffert comme ça ? Ne pensez-vous pas que nous avons, nous aussi, le droit de vivre, de retrouver une famille qui nous assurera le couvert, le gîte et les câlins ? En d’autres termes, qui saura nous donner une simple et bonne vie de chiens ? Nous ne sommes que les victimes de l’irresponsabilité et de la méchanceté de certains humains, pourquoi faut-il, en plus, que certains nous reprochent d’occuper une place ?

Voilà ce que moi, Socrate, Griffon Korthals à 3 pattes, je voulais vous dire. J’espère que l’histoire de ma vie vous aura intéressés et que vous viendrez me voir, moi et tous mes compagnons d’infortune. Nous ne sommes pas malheureux à la SPA, nous y sommes nourris, logés, et même emmenés en ballade régulièrement. Mais ne vous faites aucune illusion : nous n’y sommes pas heureux ! Ce n’est pas une vie pour nous, qui avons besoin de donner autant que de recevoir amour et fidélité.

Alors venez, venez nous voir, venez nous rencontrer, venez nous connaitre. Et qui sait, peut-être que nos regards se croiseront et que nous aurons un ‘coup de cœur’ réciproque, et que nous nous dirons « mais bien sûr, c’est LUI ! »… J’aimerais tellement pouvoir, à nouveau, aimer MA maîtresse ou MON maître et être aimé de lui !!!!

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